Le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), qui est à l’origine du sida, a été identifié en 1983. Depuis, il s’est répandu dans le monde entier, provoquant une des épidémies mondiales les plus graves de l’époque moderne. Au début, la riposte a été menée par le secteur public et le secteur à but non lucratif, qui ont mobilisé des ressources humaines et financières de plus en plus importantes afin de combattre la maladie. Peu à peu, le secteur privé a pris conscience de sa nécessaire implication dans la combat : parce qu'il touche les individus dans leurs années de vie les plus productives, le VIH a un impact sur le monde du travail.
Pourquoi lutter contre le VIH en entreprise ?
Les programmes de lutte contre le VIH en milieu de travail sont nés au cours des années 90 dans de grandes entreprises sud-africaines. En effet, dans ce pays où la prévalence était et est toujours la plus élevée au monde, la morbidité et la mortalité liées au sida ont dramatiquement fait la preuve – au-delà de la souffrance des individus – des coûts micro et macro-économiques.
Impact du VIH au niveau micro-économique
L'augmentation de la morbidité et de la mortalité liées au sida provoque dans les entreprises une hausse des coûts directs tels que les frais médicaux, l'absentéisme, les frais pour funérailles... Notons que l'absentéisme augmente parce que les employés tombent malades à cause du VIH et des infections opportunistes associées mais aussi parce qu’ils sont obligés de prendre en charge les membres malades de leur famille ou qu’ils doivent assister aux enterrements.
Les coûts indirects sont liés à la désorganisation du travail, au recrutement, à la formation... En effet, la morbidité et la mortalité liées au VIH-sida provoquent une désorganisation au sein de la main-d’oeuvre, conséquence de l’augmentation du renouvellement du personnel, de la perte des compétences, de la perte des connaissances tacites (provenant de l’expérience à la fois de l’environnement professionnel et de l’environnement de l’entreprise) et de la baisse de moral. Ce sont là des coûts par essence invisibles, qui sont difficiles à calculer mais qui ont une énorme influence sur la productivité. La perte des compétences est la désorganisation la plus évidente et la plus souvent citée, car elle entraîne des coûts professionnels de formation spécifiques. Cette désorganisation est aggravée par la perte des connaissances tacites qui relèvent de l’environnement professionnel, social et culturel. La transmission des compétences et des connaissances devient plus difficile au fur et à mesure que le renouvellement du personnel s’accélère. Par ailleurs, dans les petites entreprises, les effets de ces pertes sont majorés.
=> Tout ceci induit une perte de productivité de l'entreprise [voir schéma].
Faible taux de prévalence et inaction
Face à l’apparition d’une épidémie, une attitude consistant à nier les risques actuels ou futurs pour le développement économique et à refuser d’agir en conséquence peut avoir de graves répercussions. Un taux de prévalence bas, s’il n’est pas maîtrisé, se transforme rapidement en un taux élevé d’infection, avec les coûts sociaux et économiques qui en découlent.
Les investissements précoces, comme les campagnes d’éducation et de prévention et les soins de santé présentent des bénéfices à long terme pour ce qui est des coûts. Ceux-ci risquent d’augmenter de manière exponentielle en l’absence de réponse. Les réponses tardives ont pour effet d’augmenter le coût de l’intervention initiale et les coûts permanents [voir figure].
Impact du VIH-sida au niveau macro-économique
L'augmentation de la morbidité et de la mortalité liées au sida entraîne :
- une augmentation des dépenses de santé
- une baisse des revenus des ménages
- une diminution de la main d'oeuvre productive et compétente dans des secteurs essentiels comme la santé, l'éducation, etc...
=> Tout ceci converge vers une diminution de la croissance et une baisse des investissements étrangers.
Le rôle du Bureau International du Travail
En 2001, est paru un document de référence : le
Recueil des directives pratiques du BIT sur le VIH/SIDA et le monde du travail énonçant les 10 principes fondamentaux qui devaient guider tout programme :
1. reconnaissance du VIH en tant que question liée au lieu de travail,
2. non-discrimination,
3. égalité entre hommes et femmes,
4. milieu de travail sain,
5. dialogue social,
6. interdiction du dépistage en vue de l’exclusion de l’emploi et du travail,
7. confidentialité,
8. maintien de la relation de l’emploi et du travail,
9. prévention
10. prise en charge et soutien.
Il est aujourd’hui acquis que la lutte contre le VIH en milieu de travail est, avec les réponses du secteur médical et du monde communautaire, le dernier volet de la riposte à la pandémie. L’intégration du secteur privé dans les cadres stratégiques nationaux de lutte contre le VIH-sida de la plupart des pays africains et le nombre croissant d’acteurs engagés dans ce domaine en sont la preuve.
Mise à jour : 17 avril 2009